EST-IL POSSIBLE DE REDUIRE LE CHOMAGE ?
Certes, les grands projets relancent l’économie et améliorent les indicateurs, mais ils ne peuvent, à eux seuls, réduire significativement le chômage et conduire à une paix sociale, car, sans une politique intégrée d’emploi, il n’y aura pas de paix sociale.
Depuis l’indépendance, le monde du travail a toujours été laissé pour compte, on s’en souvient une fois par an, le 1er mai, puis on l’oublie. De tous les gouvernements qui se sont succédés au pouvoir, aucun n’a eu l’idée de concevoir et mettre en place, une politique intégrée d’emploi, un programme susceptible de maintenir la paix sociale, élément essentiel pour tout progrès économique. La fracture sociale à laquelle nous assistons aujourd’hui est le produit de ces décennies d’insouciance, une fracture qui oblige la classe dirigeante à vivre dans un camp retranché, évitant les centre villes en décomposition, remplis de chômeurs, agresseurs, enfants abandonnés et mendiants menaçants.
L’actuel gouvernement a promis de créer 250 milles emplois par an sur la base d’une croissance de l’ordre de 7%, mais déjà en moins d’un mois après sa prise du pouvoir, il a revu son taux à la baisse en le ramenant à 4.2%, d’où la nécessité de ramener le nombre d’emplois à 150 milles.
L’on sait que c’est la croissance économique qui crée l’emploi,or, on voit bien que cette croissance est bloquée quelque part, probablement parce qu’il y a un problème. En fait, il y en a plusieurs dont la combinaison a produit aujourd’hui plus de 1.2 million de chômeurs. Les responsables de cette situation sont nombreux, vient en premier lieu le système d’éducation de base de l’enseignement public, le système de l’enseignement universitaire qui est inadéquat aux besoins du marché de l’emploi, et la formation professionnelle dont l’inefficacité n’est plus à démontrer. Vient en second lieu, l’administration qui, gongrénée par la corruption, est en décalage par rapport à l’évolution rapide du monde de l’entreprise, de toute façon, elle ne se sent même pas concernée par le problème du chômage ou de la création d’emploi. Vient en troisième lieu, le système fiscal trop lourd pour inciter les entreprises à créer de nouveaux emplois ou les investisseurs à s’engager dans la création d’entreprises. Vient en dernier lieu, le code du travail, un véritable handicap à toute création d’emploi, car, il est totalement inadapté à la réalité de l’entreprise marocaine, un code qu’il faudra bien réformer, l’Espagne a eu, la semaine dernière, le courage de modifier une partie du code espagnol de travail considérée par les investisseurs comme un handicap à la création d’emploi.
La crise est grave et les circonstances sont exceptionnelles, sans céder au pessimisme, il faudra admettre que l’actuel gouvernement n’a pas une solution miracle pour créer d’ici la fin de cette année les 250 milles emplois promis. En tout cas, tous les gouvernements qui l’ont précédé n’avaient pas créé, même dans les plus beaux jours de l’économie marocaine, plus qu’une centaine de milliers d’emplois.
La volonté du changement, l’appui technique et le support moral du gouvernement invisible ne seront pas, à eux seuls, suffisants pour que ce gouvernement islamiste puisse s’en sortir tout seul, celui-ci aura besoin, pour réduire le chômage et créer des emplois, de la mobilisation de l’ensemble des forces politiques, économiques et sociales du pays, et d’une opposition positive et constructive, car, si ce gouvernement islamiste échoue, tous ceux qui l’ont porté au pouvoir parce qu’il représentait leur dernier espoir iront ailleurs et certainement pas au PAM ni au RNI.
MarocHebdo du 24 Février 2012
M'HAMED EL FEKKAK
Avocat













